Exhortation à l'occasion de la levée du corps de Madame Marie-Ange Mankasi Mwadi
(Avant son acheminement vers Kenge pour son inhumation)
« Jésus
dit à Marthe : "Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi,
même s'il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais."
»
Monsieur le Bâtonnier National honoraire Tharcisse Matadi Wamba,
Honorables
députés et sénateurs,
Excellences
mesdames et messieurs les ministres,
Chers
enfants et petits-enfants,
Honorables
membres des familles Mankasi et Matadi Wamba,
Mesdames
et Messieurs venus pour consoler la famille éprouvée tout protocole respecté,
Frères
et Sœurs dans le Christ,
1. En ce
moment où nous nous préparons à accompagner la dépouille mortelle de notre sœur
Marie-Ange Mankasi Mwadi vers sa terre natale de Kenge, nos
cœurs sont partagés entre la douleur de la séparation et la consolation que
nous apporte notre foi chrétienne.
Pour
beaucoup, cette cérémonie marque un départ. Pour nous qui croyons au Christ
ressuscité, elle marque surtout un passage.
2. L'Église
ne célèbre jamais la mort comme une défaite. Elle la contemple à la lumière de
Pâques. Depuis que le Christ est sorti vivant du tombeau, la mort n'est plus
une porte fermée ; elle est devenue le seuil de la Vie.
Voilà
pourquoi nous avons entendu Jésus proclamer : « Je suis la résurrection
et la vie. »
Il est
remarquable que Jésus prononce ces paroles devant un tombeau, celui de son ami
Lazare. Il ne parle pas de la mort comme un philosophe, mais comme le Seigneur
de la vie. Il ne supprime pas les larmes : lui-même a pleuré devant la
souffrance de Marthe et de Marie. Mais il transforme les larmes en espérance.
3. Cette
espérance prolonge la magnifique intuition du Livre de la Sagesse : «
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. » Quel réconfort pour
nous aujourd'hui ! Nous remettons le corps de notre sœur à la terre de ses
ancêtres, mais son âme est remise entre les mains de Dieu, ces mains qui ne
laissent jamais tomber ceux qui ont mis leur confiance en Lui.
Saint
Augustin écrivait : « Pour ceux qui aiment Dieu, la mort n'est pas une
extinction, mais un passage vers la maison du Père. » C'est cette
certitude qui rassemble aujourd'hui notre prière.
4. En
écoutant l'oraison funèbre, nous avons découvert non seulement le parcours
d'une femme, mais surtout le témoignage d'une vie profondément accomplie.
Née à Mukila,
dans cette partie du Kwango qui appartient aujourd'hui au diocèse de
Popokabaka, elle a grandi dans une famille nombreuse où elle apprit très tôt le
sens de la responsabilité. Les circonstances de la vie auraient pu l'endurcir ;
elles ont, au contraire, développé en elle une exceptionnelle capacité d'aimer,
de servir et de prendre soin des autres.
Sa formation
reçue notamment à la mission catholique de Pelende n'est certainement pas
étrangère à cette personnalité faite de discipline, de foi et de sens du
devoir. Les missionnaires savaient que l'éducation ne consiste pas seulement à
instruire l'intelligence ; elle consiste aussi à former le cœur. Madame
Marie-Ange en fut un beau fruit.
5. Dans sa
vie professionnelle, elle manifesta une compétence reconnue de tous. Mais ce
qui frappe davantage encore, c'est qu'elle ne rechercha jamais la gloire
personnelle. Notre époque admire volontiers ceux qui occupent le devant de la scène
; l'Évangile, lui, admire ceux qui servent dans le silence. Elle appartenait à
cette catégorie de personnes dont la présence rassure, apaise et construit.
6. Elle fut
aussi une épouse remarquable. Pendant cinquante-six années, elle marcha aux
côtés de son époux, le bâtonnier national honoraire Matadi Wamba. Derrière une carrière
universitaire et un engagement public aussi importants, il y avait une épouse
qui soutenait, encourageait et accompagnait avec discrétion. Comme tant de
femmes de l'Évangile, elle a compris que la grandeur ne consiste pas à être
servie, mais à servir. Son mariage apparaît aujourd'hui comme un témoignage
lumineux de fidélité, dans une époque où tant d'unions sont fragilisées.
7. Elle fut
également une mère dont l'autorité se fondait davantage sur l'exemple que sur
les discours. Ses enfants ont reçu d'elle le goût du travail bien fait, le
respect d'autrui, l'attachement à leur langue maternelle, l'amour de leurs
racines et le sens du partage. Ce sont là des richesses qui ne s'inscrivent
dans aucun testament, mais qui constituent le plus bel héritage qu'une mère
puisse laisser à ses enfants.
8. J'ai été
particulièrement touché par un détail évoqué dans cette oraison : quelques mois
avant sa maladie, elle avait encore posé un geste de générosité en faveur de la
mission de Mukila et d'autres œuvres de sa terre natale. Voilà une femme qui
n'avait jamais oublié d'où elle venait. Elle avait compris qu'on ne grandit
véritablement qu'en restant fidèle à ses racines.
Cher bâtonnier
national honoraire Matadi Wamba,
9. Permettez-moi
de vous adresser une parole particulière. L'Église connaît votre engagement au
service de la science, de l'université et de notre nation. Aujourd'hui
cependant, ce n'est pas le professeur que nous regardons ; c'est l'époux
éprouvé. Après cinquante-six années de vie commune, aucune parole humaine ne
peut combler le vide qui s'ouvre devant vous. Mais il existe une présence que
la mort ne peut détruire : celle de l'amour vécu en Dieu. Lorsque deux époux
ont bâti leur vie dans la fidélité, leur communion ne s'interrompt pas ; elle
est transfigurée par l'espérance chrétienne. Continuez donc à la porter dans
votre prière jusqu'au jour où Dieu vous réunira dans son Royaume.
10. À vous,
chers enfants, je voudrais rappeler une conviction africaine profondément
chrétienne : les parents continuent de vivre à travers les valeurs qu'ils
transmettent. Votre mère ne vous demande pas seulement des larmes ; elle vous
demande surtout de prolonger son œuvre. Chaque fois que vous choisirez
l'honnêteté plutôt que la facilité, le pardon plutôt que la vengeance, le
partage plutôt que l'égoïsme, elle continuera de vivre dans vos familles.
11. Enfin, je
voudrais m'adresser à notre peuple du Kwango et à toute l'Église de Popokabaka.
Aujourd'hui,
une fille de cette terre revient auprès des siens. Ce retour est profondément
symbolique. Il nous rappelle que nous sommes tous des pèlerins. Nous quittons
un jour la maison familiale pour construire notre existence ; puis vient le
temps où nous retournons vers la terre de nos ancêtres. Mais, pour le chrétien,
cette terre n'est qu'une étape. Notre véritable patrie est auprès de Dieu.
Comme l'écrivait saint Paul : « Notre cité se trouve dans les cieux »
(Ph 3, 20).
12. Dans
quelques instants, le cortège prendra la route de Kenge. Nous accompagnerons un
corps. Mais nous savons que celle que nous avons connue, aimée et admirée est
désormais appelée à entreprendre un autre voyage, celui vers la maison du Père.
Prions pour
que le Seigneur lui ouvre les portes de son Royaume, là où il n'y a plus ni
maladie, ni séparation, ni larmes, mais seulement la joie des saints. Et que
son souvenir demeure vivant parmi nous, non comme une nostalgie, mais comme une
invitation à vivre, nous aussi, une existence remplie d'amour, de fidélité, de
service et de foi.
13. Madame Marie-Ange
Mankasi Mwadi,
Vous quittez
aujourd'hui Kinshasa pour retrouver la terre de votre enfance. Mais nous
croyons qu'au-delà de cette terre du Kwango que vous avez tant aimée, une autre
Terre vous attend : celle que le Christ ressuscité a préparée pour tous ceux
qui l'ont aimé.
Qu'il vous
accueille avec ces paroles que tout chrétien espère entendre un jour : «
C'est bien, servante bonne et fidèle ; entre dans la joie de ton Seigneur »
(Mt 25, 23).
Que
Notre-Dame de la Paix, si vénérée dans nos communautés du Kwango, vous
accompagne jusqu'à son Fils. Et que le Seigneur vous donne le repos
éternel, tandis que brille sur vous la lumière sans déclin. Amen.
Donnée à Kinshasa en l’Esplanade de l’hôpital du
Cinquantenaire, le vingt unième jour du mois de juillet dans l'année du
Seigneur deux mille vingt-six.
Abbé Cyrille IKOMBA
MANKELELE MAMBI
Administrateur
Apostolique du diocèse de Popokabaka

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