mardi 21 juillet 2026

Exhortation à l'occasion de la levée du corps de Madame Marie-Ange Mankasi Mwadi

 Exhortation à l'occasion de la levée du corps de Madame Marie-Ange Mankasi Mwadi

(Avant son acheminement vers Kenge pour son inhumation)

 

« Jésus dit à Marthe : "Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais." »

 


Monsieur le Bâtonnier National honoraire Tharcisse Matadi Wamba,

Honorables députés et sénateurs,

Excellences mesdames et messieurs les ministres,

Chers enfants et petits-enfants,

Honorables membres des familles Mankasi et Matadi Wamba,

Mesdames et Messieurs venus pour consoler la famille éprouvée tout protocole respecté,

Frères et Sœurs dans le Christ,

 

1. En ce moment où nous nous préparons à accompagner la dépouille mortelle de notre sœur Marie-Ange Mankasi Mwadi vers sa terre natale de Kenge, nos cœurs sont partagés entre la douleur de la séparation et la consolation que nous apporte notre foi chrétienne.

Pour beaucoup, cette cérémonie marque un départ. Pour nous qui croyons au Christ ressuscité, elle marque surtout un passage.

2. L'Église ne célèbre jamais la mort comme une défaite. Elle la contemple à la lumière de Pâques. Depuis que le Christ est sorti vivant du tombeau, la mort n'est plus une porte fermée ; elle est devenue le seuil de la Vie.

Voilà pourquoi nous avons entendu Jésus proclamer : « Je suis la résurrection et la vie. »

Il est remarquable que Jésus prononce ces paroles devant un tombeau, celui de son ami Lazare. Il ne parle pas de la mort comme un philosophe, mais comme le Seigneur de la vie. Il ne supprime pas les larmes : lui-même a pleuré devant la souffrance de Marthe et de Marie. Mais il transforme les larmes en espérance.

3. Cette espérance prolonge la magnifique intuition du Livre de la Sagesse : « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. » Quel réconfort pour nous aujourd'hui ! Nous remettons le corps de notre sœur à la terre de ses ancêtres, mais son âme est remise entre les mains de Dieu, ces mains qui ne laissent jamais tomber ceux qui ont mis leur confiance en Lui.

Saint Augustin écrivait : « Pour ceux qui aiment Dieu, la mort n'est pas une extinction, mais un passage vers la maison du Père. » C'est cette certitude qui rassemble aujourd'hui notre prière.

4. En écoutant l'oraison funèbre, nous avons découvert non seulement le parcours d'une femme, mais surtout le témoignage d'une vie profondément accomplie.

Née à Mukila, dans cette partie du Kwango qui appartient aujourd'hui au diocèse de Popokabaka, elle a grandi dans une famille nombreuse où elle apprit très tôt le sens de la responsabilité. Les circonstances de la vie auraient pu l'endurcir ; elles ont, au contraire, développé en elle une exceptionnelle capacité d'aimer, de servir et de prendre soin des autres.

Sa formation reçue notamment à la mission catholique de Pelende n'est certainement pas étrangère à cette personnalité faite de discipline, de foi et de sens du devoir. Les missionnaires savaient que l'éducation ne consiste pas seulement à instruire l'intelligence ; elle consiste aussi à former le cœur. Madame Marie-Ange en fut un beau fruit.

5. Dans sa vie professionnelle, elle manifesta une compétence reconnue de tous. Mais ce qui frappe davantage encore, c'est qu'elle ne rechercha jamais la gloire personnelle. Notre époque admire volontiers ceux qui occupent le devant de la scène ; l'Évangile, lui, admire ceux qui servent dans le silence. Elle appartenait à cette catégorie de personnes dont la présence rassure, apaise et construit.

6. Elle fut aussi une épouse remarquable. Pendant cinquante-six années, elle marcha aux côtés de son époux, le bâtonnier national honoraire  Matadi Wamba. Derrière une carrière universitaire et un engagement public aussi importants, il y avait une épouse qui soutenait, encourageait et accompagnait avec discrétion. Comme tant de femmes de l'Évangile, elle a compris que la grandeur ne consiste pas à être servie, mais à servir. Son mariage apparaît aujourd'hui comme un témoignage lumineux de fidélité, dans une époque où tant d'unions sont fragilisées.

7. Elle fut également une mère dont l'autorité se fondait davantage sur l'exemple que sur les discours. Ses enfants ont reçu d'elle le goût du travail bien fait, le respect d'autrui, l'attachement à leur langue maternelle, l'amour de leurs racines et le sens du partage. Ce sont là des richesses qui ne s'inscrivent dans aucun testament, mais qui constituent le plus bel héritage qu'une mère puisse laisser à ses enfants.

8. J'ai été particulièrement touché par un détail évoqué dans cette oraison : quelques mois avant sa maladie, elle avait encore posé un geste de générosité en faveur de la mission de Mukila et d'autres œuvres de sa terre natale. Voilà une femme qui n'avait jamais oublié d'où elle venait. Elle avait compris qu'on ne grandit véritablement qu'en restant fidèle à ses racines.

Cher bâtonnier national honoraire Matadi Wamba,

9. Permettez-moi de vous adresser une parole particulière. L'Église connaît votre engagement au service de la science, de l'université et de notre nation. Aujourd'hui cependant, ce n'est pas le professeur que nous regardons ; c'est l'époux éprouvé. Après cinquante-six années de vie commune, aucune parole humaine ne peut combler le vide qui s'ouvre devant vous. Mais il existe une présence que la mort ne peut détruire : celle de l'amour vécu en Dieu. Lorsque deux époux ont bâti leur vie dans la fidélité, leur communion ne s'interrompt pas ; elle est transfigurée par l'espérance chrétienne. Continuez donc à la porter dans votre prière jusqu'au jour où Dieu vous réunira dans son Royaume.

10. À vous, chers enfants, je voudrais rappeler une conviction africaine profondément chrétienne : les parents continuent de vivre à travers les valeurs qu'ils transmettent. Votre mère ne vous demande pas seulement des larmes ; elle vous demande surtout de prolonger son œuvre. Chaque fois que vous choisirez l'honnêteté plutôt que la facilité, le pardon plutôt que la vengeance, le partage plutôt que l'égoïsme, elle continuera de vivre dans vos familles.

11. Enfin, je voudrais m'adresser à notre peuple du Kwango et à toute l'Église de Popokabaka.

Aujourd'hui, une fille de cette terre revient auprès des siens. Ce retour est profondément symbolique. Il nous rappelle que nous sommes tous des pèlerins. Nous quittons un jour la maison familiale pour construire notre existence ; puis vient le temps où nous retournons vers la terre de nos ancêtres. Mais, pour le chrétien, cette terre n'est qu'une étape. Notre véritable patrie est auprès de Dieu. Comme l'écrivait saint Paul : « Notre cité se trouve dans les cieux » (Ph 3, 20).

12. Dans quelques instants, le cortège prendra la route de Kenge. Nous accompagnerons un corps. Mais nous savons que celle que nous avons connue, aimée et admirée est désormais appelée à entreprendre un autre voyage, celui vers la maison du Père.

Prions pour que le Seigneur lui ouvre les portes de son Royaume, là où il n'y a plus ni maladie, ni séparation, ni larmes, mais seulement la joie des saints. Et que son souvenir demeure vivant parmi nous, non comme une nostalgie, mais comme une invitation à vivre, nous aussi, une existence remplie d'amour, de fidélité, de service et de foi.

13. Madame Marie-Ange Mankasi Mwadi,

Vous quittez aujourd'hui Kinshasa pour retrouver la terre de votre enfance. Mais nous croyons qu'au-delà de cette terre du Kwango que vous avez tant aimée, une autre Terre vous attend : celle que le Christ ressuscité a préparée pour tous ceux qui l'ont aimé.

Qu'il vous accueille avec ces paroles que tout chrétien espère entendre un jour : « C'est bien, servante bonne et fidèle ; entre dans la joie de ton Seigneur » (Mt 25, 23).

Que Notre-Dame de la Paix, si vénérée dans nos communautés du Kwango, vous accompagne jusqu'à son Fils. Et que le Seigneur vous donne le repos éternel, tandis que brille sur vous la lumière sans déclin. Amen.

Donnée à Kinshasa en l’Esplanade de l’hôpital du Cinquantenaire, le vingt unième jour du mois de juillet dans l'année du Seigneur deux mille vingt-six.

Abbé Cyrille IKOMBA MANKELELE MAMBI

Administrateur Apostolique du diocèse de Popokabaka

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